Damien, vidéaste éclectique, passionné par la fiction et la musique et qui aime assez boire ce qui se profile avec qui se profile.

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1- Bonjour Damien, pourrais-tu te présenter ?

Je me nomme Damien, je fais de la vidéo. Depuis quelques années j’écris aussi de la fiction sans oublier de faire un peu de musique quand la mélancolie me le dicte. L’un dans l’autre et dans l’autre l’un, ça fait que je raconte surtout des histoires avec les moyens du bord.

2- Pourrais-tu nous en dire plus sur ton projet Damien Stein Production?

Je projette de continuer à raconter mes petites histoires sans trop embêter mon prochain, qui a déjà beaucoup à faire pour aider le monde à tourner. Pas une mince affaire, s’il en est. Pour autant, le fait de raconter ces histoires me prend une bonne partie de mes courtes journées. Donc se manifeste l’envie de faire voire/lire/écouter ça à mes parents, qui aiment tout ce que je fais. Bien agréable. Alors je partage le tout sur certains réseaux sociaux. Ces derniers me traitant parfois avec égards, il m’arrive de redoubler d’enthousiasme et d’en montrer un peu trop.

3- Ce que tu aimes le plus dans ta ville Rennes ?

La brume et les nuages me rappellent étrangement les villes portuaires qui me plaisent : San Francisco, Hong Kong, Propriano.

4- Partage-nous tes 3 bars ou bistrots fétiches ?

Le Magic Hall – Rennes

Priorité va au Magic Hall : hôtel particulier magnifique au milieu d’une forêt d’immeubles rappelant les banlieues dangereuses du nord de l’Angleterre. J’en ai fait mon QG de travail et même un décor de tournage de clip.

Le Terminus – Rennes

Puis j’aime le bar qui se trouve derrière la gare, le Terminus. Je n’y ai jamais mis les pieds, et je préfère ne jamais m’y aventurer. S’y cristallisent, à mon avis fantasmé, tout ce que notre espèce transporte de plus triste, mais aussi de plus humain. Et, ne souhaitant pas trahir cette projection, j’aime autant en faire un lieu de narration où se croisent des distributeurs d’œufs dures, des marins sur le retour, une éternelle chanson à la mode qui n’est plus à la mode depuis 25 ans, et peut être même mon oncle suicidé.

La Cour des Miracles – Rennes 

Pour finir, un bar qui possède des murs entièrement recouverts de livres. Une sorte de bibliothèque qui sert du vin rouge de bonne qualité. La cour des miracles.

5- Ton cocktail favori ?

Le banana daïquiri

6- Quels sont tes secrets pour un apéro réussi ?

Un bon apéro implique les bonnes personnes. Le dernier en date – mémorable du moins – a pris pied dans un de ces bars à alvéoles où on vous laisse tranquillement façonner votre foi à l’image de vos écrivains alcooliques favoris. J’y ai d’abord croisé un ancien élève qui avait plein de beaux projets qu’il allait mener à bien avant d’abandonner la profession pour une déprime bien méritée. Puis j’ai été rejoint par une espèce d’artiste poétesse, si mon analyse est bonne. On a discuté sans vraiment en avoir le goût, puis la musique a soudainement supplanté tous les bruits environnants. Je faisais des allers retours au comptoir, passant commande de tout petits verres de trucs trop forts. J’ai proposé qu’on se barre sans payer, elle a refusé. J’ai voulu fumer, on m’a foutu dehors.

Les gens que j’ai croisés à l’extérieur étaient comme figés dans l’espace, leurs cigarettes dessinaient dans l’air des dessins primitifs se décalquant dans ma grotte de crâne. Je papillonnais d’un mètre carré l’autre, l’épaule gauche aussi basse que mon estomac. Elle rigolait complicieusement. Mais je me connais, quand j’en suis là, je fais rarement long feu socialement. On a quitté le bar. Elle me tirait par le bras. Peut être pensait elle que je ne tenais pas debout, puis j’ai compris qu’on était bel et bien partis sans payer. On s’est retrouvés dans un appartement où deux prostitués hommes se battaient au couteau.

Un livreur d’Apéroue de secours, assis dans un coin, se remettait difficilement d’avoir fumé sur un joint que je venais de lui passer, couplé au fait de voir Ludwig et Kéziah, 8 mois et 3 ans, jouer sous la table basse avec un coq entièrement plumé, et le son des chiens qui aboient rythmant celui de pneus qui crissent dans une nuit opaque et brumeuse.

7 – Une anectode dans un bar à partager ?

Dans un des bars d’accueil de Rennes, je choisis une bière forte et le comptoir. La serveuse doit faire du hockey sur bitume. Ca lui va bien, quoi qu’il en soit. Mon voisin direct me demande quel est mon but, et je m’exerce à la rhétorique politicarde : je suis un de ces feux de paille que les années 90 ont cristallisé durant les années 2000 : un trader de la BNP. Comme certains plus connus, j’ai joué gros et j’ai beaucoup perdu. Ne faisant que suivre les velléités d’un type influent, qui est désormais riche, mais en prison. Comme les gros dealers ou certains politiciens, les traders sont les derniers nés des superstars du grand banditisme, pouvant s’offrir une cellule infiniment plus classieuse que la piaule d’un salarié moyen en liberté. Moi j’ai tout perdu, autant financièrement qu’émotionnellement. La serveuse me regardait en coin. Le voisin passa commande pour lui et moi. Corde sensible atteinte.

Quelques dizaines de minutes plus tard, j’avais écumé assez de bière pour commencer à raconter ma vraie vie à une tierce personne. Me regardant toujours en coin, la serveuse fronçait de l’œil. De vraie vie je ne racontais cependant que la part émotionnelle : après un an et demi de complications amoureuses, une sorte d’idée fixe qui tendait enfin à s’estomper avait refait surface avec la ferveur d’un vendeur de voitures d’occasion. Illico, je m’étais rendu célibataire et disponible pour accueillir la situation comme il se doit. Mais elle vivait toujours avec celui pour lequel elle m’avait quitté… La personne qui m’écoutait disparue et je me retrouvais à radoter auprès d’un autre interlocuteur. Racontant comment je n’ai pas bandé par peur de ne pas bander, etc. Et comment je me morfonds depuis lors. La serveuse, perspicace, devait probablement me classer du côté des enculés pas bien nécessaires, menteurs à mauvaise peau. Mais qui pouvait l’en blâmer… On m’offrit à boire pour mes frasques amoureuses. Puis apparu un type malheureux de s’être fait virer de chez sa femme.

Ce genre de type qui dit qu’il cherche l’immeuble le plus haut pour s’en jeter. Je lui en ai conseillé un, lui donnant même une astuce pour monter sur les toits sans déranger personne. Il m’a dit qu’il était sérieux, je lui ai répondu que moi non, mais que ce genre de comportement me filait la nausée. Je remarquais la peau tombante sous ses biceps, et je fus pris d’une légère détresse pour mon potentiel futur proche. Entre alors un couple en pleine engueulade. Une histoire de chat oublié sur un rebord de fenêtre tout un week-end. Un truc qui m’est arrivé voilà 10 ans en arrière : mon chat avait même balancé tous les pots de fleurs depuis le 4ème étage. Je vois que le couple se rabiboche autour d’une bouteille de vin, et je décide de leur raconter mon histoire. J’enrobe un peu le truc avec une vieille dame blessée par un pot de bégonias, la porte de chez moi enfoncée par les pompiers, le chat ramené chez 30 millions d’amis, et encore un ou deux mensonges. Le type flingue mon argumentaire avec des infos qu’on ne peut avoir que quand on est pompier. Je rectifie le tir en disant que ça a eu lieu quand je vivais à Prague, et alors la fille s’en prend à son mec : tu peux pas laisser les gens raconter leurs histoires jusqu’au bout avant de ramener ta science dont tout le monde se fout ?

Et là dessus, engueulade, phase deux. Le mec claque la porte battante et je me retrouve avec la fille à siroter leur bouteille de rouge. La serveuse annonce la fermeture. Les quelques résistants que nous sommes se retrouvent à l’air libre, et la hockeyeuse, que j’avais imaginée plus athlétique, grimpe maladroitement sur des chaises empilées et interpelle une pote à elle avant de passer d’une foulée mal agile sur une autre pile de chaises. Avant de s’exécuter, on était un groupe de trois ou quatre à l’encourager. Elle a chuté de deux mètres à plat ventre, se fracturant le nez et s’enfonçant légèrement le front. J’ai apporté mon expérience de premiers secours : la PLS. Mais elle était parfaitement consciente, alors son collègue, qui n’avait pas vu l’accident et arriva quelques secondes en retard, me vira de là et la rentra dans le bar.

8- Un dernier mot ?

« Santé ! » nan je plaisante. Plutôt « Ilashio ». Aucun souvenir de l’orthographe, mais à la fois c’est le mot qu’on gueulait en Chine pour dire cul sec. Donc pas besoin de l’écrire.

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